Que faire quand on reçoit un colis qu'on n'a jamais commandé
Un colis à votre nom, à votre adresse, contenant un objet que vous n'avez jamais commandé et que personne ne vous réclame. Ce n'est ni une erreur ni un cadeau : c'est presque toujours le signe que vos données circulent. Vous n'avez rien à payer ni à renvoyer, mais il y a bien quelque chose à vérifier.

Le carton est là, sur le palier. Votre nom, votre adresse, votre étage : tout est exact. À l'intérieur, un chargeur USB, une coque de téléphone, une paire d'écouteurs bas de gamme ou un accessoire de cuisine. Aucun bon de commande, aucun message, et personne dans le foyer ne l'a commandé.
La première hypothèse qui vient à l'esprit — un proche qui vous fait une surprise — s'effondre en général au premier appel. La deuxième — une erreur — est possible mais rare. La troisième est la bonne dans la grande majorité des cas, et elle mérite qu'on s'y arrête : ce colis ne vous était pas destiné pour vous faire plaisir, mais parce que votre nom valait quelque chose pour quelqu'un.
La règle de base : vous ne devez ni payer ni renvoyer
Commençons par le point qui rassure. En droit de la consommation français, l'envoi d'un bien sans commande préalable assorti d'une demande de paiement est une pratique commerciale interdite. La conséquence est nette : le destinataire n'est pas tenu de payer, ni de restituer le bien, ni de supporter le moindre frais.
Autrement dit, si une facture arrive quelques jours plus tard, ou si un message vous réclame le règlement d'un article « livré », vous pouvez l'ignorer. Vous n'avez aucune obligation d'aller en bureau de poste, de réemballer quoi que ce soit ou de payer un retour. Le silence ne vaut pas acceptation : ne pas répondre ne vous engage à rien.
Une nuance importante toutefois : cette règle vaut pour un bien qui vous est adressé. Si le colis porte le nom de quelqu'un d'autre, ce n'est pas une fourniture non demandée, c'est une erreur de distribution — et là, le bon réflexe n'est pas de le garder.
Trois scénarios très différents derrière un même carton
Le brushing : votre nom sert à écrire de faux avis
C'est l'explication la plus fréquente, et la plus déroutante parce qu'elle paraît absurde : pourquoi un vendeur enverrait-il gratuitement de la marchandise à un inconnu ?
Le mécanisme est le suivant. Sur les grandes places de marché, un avis rédigé par un compte ayant réellement acheté le produit pèse beaucoup plus lourd qu'un avis ordinaire : il est signalé comme « achat vérifié » et remonte dans le classement. Un vendeur peu scrupuleux récupère donc des noms et des adresses réels — issus d'une fuite de données, d'un ancien site marchand piraté ou d'un fichier revendu —, crée ou détourne un compte à ces coordonnées, commande son propre produit, et l'expédie pour de vrai à cette adresse. La transaction est authentique, la livraison est authentique, le colis arrive chez vous. Il ne lui reste qu'à publier, depuis ce compte, un avis cinq étoiles parfaitement crédible.
Le prix du colis est dérisoire au regard du gain : quelques euros d'objet contre un avis qui fera vendre des centaines d'unités. Vous, dans l'histoire, n'êtes qu'une adresse de livraison — mais une adresse dont les données circulent déjà quelque part.
L'erreur de livraison ou d'expédition
Elle existe, et elle est facile à identifier : le nom sur l'étiquette n'est pas le vôtre, ou l'adresse comporte une coquille (numéro voisin, bâtiment adjacent). C'est le cas le plus simple à traiter, et le plus courant en immeuble. Ne l'ouvrez pas, signalez-le au transporteur via le numéro de suivi figurant sur l'étiquette, ou déposez-le chez le bon destinataire s'il habite à deux portes. Cette situation n'a rien à voir avec les autres — elle relève de la même logistique que celle décrite dans la procédure de réclamation pour un colis perdu par un transporteur.
Le colis-hameçon, avec demande de frais
Variante plus agressive et en nette progression. Vous recevez un colis, un avis de passage, ou plus souvent un simple SMS ou courriel annonçant qu'un colis vous attend : il ne manque que quelques euros de « frais de douane », de « réexpédition » ou de « remise en livraison ». Un lien ou un QR code accompagne le message.
Le montant réclamé est volontairement minuscule — un ou deux euros — parce que l'objectif n'est pas cette somme : c'est votre numéro de carte bancaire, saisi sur une page qui imite parfaitement celle d'un transporteur connu. Certains colis frauduleux contiennent même une carte imprimée avec un QR code invitant à « laisser un avis pour recevoir un cadeau » ; le code renvoie vers un formulaire de collecte de données, voire vers l'installation d'une application.
La règle est simple : aucun transporteur légitime ne réclame un paiement par SMS avec un lien. Et un QR code trouvé dans un colis non commandé ne se scanne pas.
Tableau : reconnaître à quoi vous avez affaire
| Ce que vous constatez | Scénario probable | Réaction |
|---|---|---|
| Votre nom, votre adresse, objet de faible valeur, aucun expéditeur clair | Brushing | Garder, vérifier ses comptes, signaler |
| Un autre nom sur l'étiquette | Erreur de livraison | Ne pas ouvrir, signaler au transporteur |
| SMS ou mail réclamant quelques euros de frais | Hameçonnage | Ne pas cliquer, supprimer, signaler |
| Carte avec QR code « laissez un avis, gagnez un cadeau » | Collecte de données | Ne pas scanner, jeter |
| Facture qui arrive après le colis | Fourniture non demandée | Aucun paiement dû, contester par écrit |
| Un avis publié en votre nom que vous n'avez pas écrit | Compte compromis | Changer le mot de passe, signaler à la plateforme |
Ce qu'il faut faire, dans l'ordre
- Vérifiez le nom sur l'étiquette. C'est le premier tri : votre nom, ou celui d'un autre ? Tout découle de cette réponse.
- Ne payez rien, ne renvoyez rien si le colis vous est bien adressé. Vous êtes dans votre droit le plus strict.
- Photographiez l'étiquette avant d'ouvrir ou de jeter l'emballage : numéro de suivi, expéditeur, transporteur. Ce sont les seuls éléments exploitables pour un signalement.
- Ne scannez aucun QR code présent dans le colis, et ne suivez aucun lien reçu par SMS ou par courriel à ce sujet.
- Passez aux vérifications décrites ci-dessous : c'est la partie utile, celle qui protège vraiment.
- Signalez. À la place de marché concernée si vous identifiez le vendeur, et aux autorités compétentes (voir plus bas).
- Décidez du sort de l'objet. Vous pouvez le garder, le donner ou le jeter. Aucun texte ne vous oblige à le conserver.
Les vérifications qui comptent vraiment
Le colis en lui-même est anecdotique. Ce qu'il révèle ne l'est pas : quelqu'un dispose de votre nom, de votre adresse complète, et parfois de plus. Prenez vingt minutes pour faire le tour.
- Vos comptes de places de marché. Connectez-vous et regardez l'historique des commandes : y figure-t-il des achats que vous n'avez pas passés ? Vérifiez aussi les adresses de livraison enregistrées, les moyens de paiement, et surtout les avis publiés en votre nom. Un avis que vous n'avez pas écrit signe un compte compromis.
- Vos relevés bancaires sur les trois derniers mois. Cherchez les petits montants inhabituels : les tests de carte se font souvent à quelques centimes avant un débit plus lourd.
- Vos mots de passe. Changez celui du compte marchand concerné, et tous ceux qui utilisaient le même — c'est le point d'entrée classique. Activez la double authentification partout où elle est proposée.
- Vos adresses de courriel : les services qui recensent les fuites de données permettent de savoir en quelques secondes si votre adresse figure dans une base compromise connue. Si c'est le cas, tirez-en les conséquences sur tous les sites concernés.
- Un compte ouvert à votre nom. Plus rare mais plus grave : vérifiez que personne n'a créé de compte marchand avec votre identité. Une commande impayée expédiée à votre adresse peut, elle, vous valoir des relances.
Ces réflexes rejoignent ceux qui valent pour tout achat en ligne, du paiement sécurisé sur les plateformes entre particuliers, comme le rappellent les conseils pour payer en toute sécurité sur Le Bon Coin, jusqu'à la connaissance de ses droits, à commencer par le délai de rétractation après un achat en ligne.
Ce qu'il ne faut surtout pas faire
- Payer « pour être tranquille ». Un paiement transforme une fourniture non demandée en transaction, et surtout il vous signale comme cible réactive.
- Renvoyer le colis à vos frais. Vous n'y êtes pas tenu, et l'adresse de retour indiquée est souvent fausse ou à l'étranger.
- Scanner le QR code joint. C'est le vecteur d'attaque le plus efficace du moment, précisément parce qu'on ne voit pas où il mène.
- Appeler le numéro imprimé sur le colis. Numéros surtaxés et faux services clients sont fréquents.
- Communiquer quoi que ce soit à l'expéditeur : un numéro de commande, une confirmation d'adresse, une date de présence à domicile. Chaque réponse valide vos données.
- Ouvrir un colis qui porte un autre nom. Signalez-le, ne l'ouvrez pas.
- Ne rien faire du tout. Garder l'objet sans vérifier ses comptes revient à laisser filer le seul signal utile que ce colis vous apportait.
Où signaler
- La place de marché, si le colis ou l'étiquette permet d'identifier le vendeur. Les grandes plateformes disposent de procédures dédiées et sanctionnent ces pratiques, qui faussent leur système d'avis.
- SignalConso, la plateforme publique de signalement des pratiques commerciales, pour le volet « fourniture non demandée ».
- Le 33700, pour transférer gratuitement les SMS frauduleux qui accompagnent souvent ces envois.
- Le portail officiel de signalement des contenus illicites pour les tentatives d'hameçonnage caractérisées, et le dispositif national d'assistance aux victimes d'actes de cybermalveillance si vous avez cliqué, saisi une carte bancaire ou installé quelque chose.
- Votre banque, immédiatement, si des coordonnées bancaires ont été communiquées : opposition, et surveillance renforcée du compte.
Foire aux questions
Ai-je vraiment le droit de garder l'objet ?
Oui, dès lors qu'il vous a été adressé sans commande de votre part et sans que vous ayez rien sollicité. Vous n'avez ni à le payer, ni à le restituer, ni à en supporter les frais de retour.
Le contenu peut-il être dangereux ?
Dans l'écrasante majorité des cas il s'agit d'un accessoire bon marché, sans danger particulier. Deux réserves de bon sens : méfiez-vous des produits électriques non certifiés, notamment chargeurs et batteries, et ne consommez pas de produits alimentaires ou cosmétiques reçus de cette façon.
J'ai reçu une facture après le colis, dois-je répondre ?
Vous n'avez rien à payer. Si les relances persistent, envoyez un courrier recommandé avec accusé de réception rappelant qu'il s'agit d'une fourniture non demandée et que vous contestez toute créance. Conservez une copie : c'est la pièce qui vous protège si le dossier partait en recouvrement.
J'en reçois plusieurs, semaine après semaine
La répétition confirme que vos coordonnées circulent dans un fichier actif. Signalez chaque envoi à la plateforme concernée, sécurisez vos comptes, et envisagez de demander la suppression de vos données auprès des sites marchands que vous n'utilisez plus.
Un avis a été publié en mon nom, puis-je le faire retirer ?
Oui. Signalez-le à la plateforme en expliquant que vous n'êtes pas l'auteur du contenu ; elles disposent de procédures de retrait pour ces cas. Changez immédiatement le mot de passe du compte et vérifiez qu'aucune adresse de livraison inconnue n'y a été ajoutée.
Le colis porte le nom d'un voisin, que faire ?
Ne l'ouvrez pas. Déposez-le chez lui s'il est identifiable, ou signalez l'erreur au transporteur avec le numéro de suivi. Ouvrir un envoi qui ne vous est pas destiné n'est pas anodin.
À retenir : le colis n'est pas le problème — vous pouvez le garder sans rien devoir à personne. Le vrai sujet est ce qu'il révèle : quelqu'un utilise votre nom et votre adresse. Vingt minutes de vérification sur vos comptes marchands, vos avis publiés et vos relevés bancaires valent bien plus que le contenu du carton.
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