La fin d’une époque pour les victimes du père Ribes : les vitraux retirés de l’église
Dans l’église de Charly, dans le Rhône, les vitraux réalisés par le père Ribes ont été démontés un à un. Il s’agit d’un geste hautement symbolique : ce prêtre, reconnu coupable de viols et

Dans l’église de Charly, dans le Rhône, les vitraux réalisés par le père Ribes ont été démontés un à un. Il s’agit d’un geste hautement symbolique : ce prêtre, reconnu coupable de viols et d’agressions sexuelles sur des dizaines d’enfants, avait fait poser certaines de ses victimes comme modèles pour ces œuvres religieuses. Les retirer, c’est ne plus exposer aux regards les visages de celles et ceux qu’il a agressés. Pour les victimes, c’est une forme de reconnaissance, longtemps attendue.
Ce qui vient de se passer à Charly
Depuis le début du chantier, les vitraux du père Ribes ont été retirés du chœur de l’église de Charly, petite commune du Rhône. Au moment des faits rapportés, il n’en restait plus qu’un seul à démonter. De nouvelles œuvres doivent prendre leur place.
Ce n’est pas une décision anodine. Toucher aux vitraux d’une église, c’est toucher à son patrimoine, à son histoire, parfois à son architecture. Si la mairie a tranché sans hésitation, c’est que ces œuvres-là n’étaient plus de simples ornements : elles étaient devenues, aux yeux des victimes, la trace visible d’un crime.
« Le problème, c’est qu’aujourd’hui l’œuvre artistique est l’objet du délit », résume Olivier Auraujo, maire de Charly.
Qui était le père Ribes
Le père Ribes était un prêtre du diocèse de Lyon, mort en 1994. Il était aussi vitrailliste : ses œuvres ornaient plusieurs églises du Rhône. Le diocèse de Lyon l’a reconnu coupable de viols et d’agressions sexuelles sur de nombreux enfants, commis sur plusieurs décennies.
L’élément qui rend cette affaire si particulière, c’est le lien direct entre l’art et les crimes. Plusieurs vitraux représentent des enfants ; certaines victimes y avaient posé comme modèles. Le prêtre, soulignent-elles, s’est servi de son art au moment même où il les agressait. C’est ce qui transforme des objets de culte en preuves d’un drame, et qui rend leur présence dans une église insoutenable pour celles et ceux qui ont subi ses actes.
Pourquoi le retrait compte autant pour les victimes
La parole s’est libérée en 2022, lors d’une réunion publique à Grammont, commune d’origine du prêtre. Depuis, des victimes se sont organisées et ont demandé le retrait des vitraux des églises du département. Leur combat ne porte pas sur l’esthétique des œuvres, mais sur ce qu’elles représentent.
Le retrait n’efface rien. Il ne répare pas les années de souffrance, ni les crimes commis. Mais il pose un acte : celui de ne plus laisser ces images à la vue de tous. Pour les victimes, c’est une façon d’être entendues et reconnues.
« Une reconnaissance de ce qu’on a vécu, c’est nous reconnaître en tant que victimes », témoigne Annick au micro de BFM Lyon. « Cet homme, il s’est servi de son art pour nous agresser. »
Cette dimension symbolique est centrale. Dans les affaires de violences anciennes, la reconnaissance arrive souvent tardivement, parfois après la mort de l’auteur des faits. Faute de procès possible, ce sont des gestes comme celui-ci — retirer une œuvre, prononcer le nom des victimes, acter publiquement les faits — qui donnent un début de réponse. La question du poids des affaires familiales et intimes dans l’espace public traverse d’ailleurs bien d’autres dossiers, comme les contentieux qui finissent par exploser au grand jour.
Ce qui remplace les anciens vitraux
De nouveaux vitraux ont été commandés pour prendre la place des anciens. Ils sont réalisés par la société Vitrail Saint-Jean L’Art-Elier, installée dans le 5e arrondissement de Lyon.
Le vitrailliste Julien Pitrat a fait un choix esthétique précis : rester sur l’abstrait, en écartant toute représentation de personnages. Seule exception, une colombe bien reconnaissable sur le vitrail central du chœur. Ce parti pris n’est pas neutre : en renonçant aux figures, les nouvelles œuvres évitent de raviver la douleur liée aux anciens vitraux.
« Ils ne guériront jamais de ce genre de choses, mais si on peut permettre de faire oublier les atrocités », explique Julien Pitrat, vitrailliste.
Selon les indications données, les travaux d’installation devaient s’achever à l’automne, à temps pour les Journées du patrimoine. Le maire de Charly s’est dit convaincu que les futurs panneaux remettront son église en valeur.
Un combat qui n’est pas terminé
Charly n’est qu’une église parmi plusieurs. Dans le Rhône, le chemin reste long pour d’autres victimes. À Givors, la mairie refusait toujours, au moment des faits, d’entendre les demandes de retrait des vitraux du père Ribes présents dans son église.
Cette différence de traitement d’une commune à l’autre illustre une réalité concrète : il n’existe pas de procédure automatique. Chaque retrait dépend d’une volonté locale, d’un dialogue entre la municipalité, le diocèse et les victimes. Là où ce dialogue aboutit, le geste est puissant. Là où il bloque, les victimes doivent continuer à se battre pour faire entendre une demande pourtant simple : ne plus avoir à croiser, dans un lieu de recueillement, l’œuvre de leur agresseur.
À retenir
- Le fait : les vitraux réalisés par le père Ribes ont été retirés de l’église de Charly, dans le Rhône, et remplacés par de nouvelles œuvres.
- Pourquoi : ce prêtre, mort en 1994, a été reconnu coupable par le diocèse de Lyon de viols et d’agressions sexuelles sur des enfants ; certaines victimes avaient posé pour ces vitraux.
- Le sens : pour les victimes, le retrait est une reconnaissance, même s’il n’efface pas les crimes.
- La suite : de nouveaux vitraux, abstraits, prennent la place des anciens ; ailleurs dans le Rhône, des combats restent ouverts.
Cette affaire rappelle à quel point la reconnaissance des victimes passe parfois par des gestes concrets et publics. Sur des sujets voisins, on retrouve cette tension entre sphère intime et exposition publique, par exemple lorsque des accusations de violences au sein d’une famille connue éclatent au grand jour.
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