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RSF lance l’alerte : Les médias sous pression politique et la propagande en hausse

Les conditions d’exercice de la presse se sont encore dégradées, s’alarme Reporters sans frontières (RSF) dans son rapport annuel publié le 3 mai 2024, à l’occasion de la Journée mondiale de la liberté de la presse. Le constat

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la propagande et la pression politique menacent la liberté des médias, selon rsf.
la propagande et la pression politique menacent la liberté des médias, selon rsf.

Les conditions d’exercice de la presse se sont encore dégradées, s’alarme Reporters sans frontières (RSF) dans son rapport annuel publié le 3 mai 2024, à l’occasion de la Journée mondiale de la liberté de la presse. Le constat central tient en une phrase : la principale menace ne vient plus seulement des régimes autoritaires, mais des pouvoirs politiques eux-mêmes, y compris dans des démocraties. « À l’échelle mondiale, un constat s’impose : la liberté de la presse est menacée par celles-là mêmes qui devraient en être les garants : les autorités politiques », écrit l’ONG en ouverture de son rapport.

L’avertissement résonne d’autant plus fort qu’en 2024, près de la moitié de la population mondiale est appelée aux urnes, de l’Inde aux États-Unis en passant par l’Europe. Or une presse libre est l’un des rares contre-pouvoirs capables de vérifier les promesses, d’exposer les abus et d’éclairer un vote. C’est précisément ce terrain-là, selon RSF, qui se rétrécit.

Ce qu’il faut retenir

  • Une menace venue d’en haut. RSF estime que les conditions d’exercice du journalisme sont mauvaises dans les trois quarts des pays de la planète, avec une implication régulière des acteurs politiques dans la propagande ou la désinformation.
  • Une année d’élections record. Le rapport paraît alors que la moitié de l’humanité est concernée par au moins un scrutin en 2024.
  • La France au 21e rang sur 180 pays : une « situation plutôt bonne », mais dont le gain de places tient surtout au recul des autres.
  • La Norvège en tête, l’Érythrée en queue de classement.
  • De nouveaux outils de manipulation avec l’arrivée de l’IA générative et des deepfakes dans l’arsenal de la désinformation.

Qu’est-ce que le classement RSF, au juste ?

Chaque année, Reporters sans frontières évalue la situation de la liberté de la presse dans 180 pays et territoires. L’édition 2024 est la 22e du nom. Le classement ne repose pas sur une simple impression : il combine deux mesures. D’un côté, un « relevé quantitatif des exactions commises envers les journalistes » — menaces, agressions, arrestations, censures. De l’autre, une étude qualitative fondée sur les réponses de centaines d’experts (journalistes, universitaires, défenseurs des droits humains) à une centaine de questions.

Cette méthode permet de comparer un climat général, pays par pays, et d’en suivre l’évolution dans le temps. Elle explique aussi pourquoi un pays peut gagner des places sans que sa situation s’améliore réellement : tout est relatif aux autres.

Le podium et les extrêmes du classement

La Norvège conserve la première place. À l’autre bout, la 180e position est désormais occupée par l’Érythrée, qui prend la suite de la Corée du Nord, lanterne rouge les deux années précédentes. Entre ces deux extrêmes, de nombreux pays bougent, en bien comme en mal.

L’Irlande, par exemple, cède sa deuxième place au Danemark et rétrograde à la huitième. En cause selon RSF : « des intimidations judiciaires de la part des formations politiques visent des médias ». Un signal intéressant, car il rappelle que même les pays les mieux classés ne sont pas à l’abri d’un recul.

Les plus fortes baisses et hausses

Certains mouvements sont spectaculaires. Les reculs les plus marqués s’observent en Afghanistan sous l’empire des talibans (178e, -26 places), au Togo (113e, -43 places) et en Équateur (110e, -30 places). À l’inverse, la situation s’améliore au Chili (52e, +31 places), au Brésil (82e, +10 places) et en Pologne (47e, +10 places). Le tableau ci-dessous résume ces évolutions notables.

PaysRang 2024Évolution
Togo113e-43
Afghanistan178e-26
Équateur110e-30
Argentine66e-26
Chili52e+31
Brésil82e+10
Pologne47e+10

La France : une bonne place en trompe-l’œil

En se classant au 21e rang mondial, la France signe son troisième meilleur résultat, après ses 11e et 19e places en 2002 (sur 139 pays) et 2004 (sur 167 pays). Pour RSF, l’Hexagone est donc dans une « situation plutôt bonne ». Mais l’ONG invite à nuancer aussitôt : si la France gagne trois places, c’est avant tout l’effet d’une « détérioration plus importante dans les autres pays ».

Autrement dit, le pays ne progresse pas tant qu’il glisse moins vite que ses voisins. La preuve : ramenée à l’Union européenne, la France ne se hisse qu’à la 14e place sur 27 États membres. Une position médiane qui invite à la prudence plutôt qu’à l’autosatisfaction.

La désinformation, quand les États s’en mêlent

Le fil rouge de l’édition 2024, c’est une moindre protection du journalisme par les États — quand ce n’est pas un rôle actif dans la désinformation. RSF pointe « une détérioration préoccupante du soutien et du respect de l’autonomie des médias ».

L’Argentine en offre un cas d’école. Le pays perd 26 places (66e rang). Le nouveau président ultralibéral Javier Milei a annoncé en mars la fermeture de l’agence de presse publique Télam, qu’il accusait de « propagande ». « La situation est particulièrement inquiétante » dans ce pays dirigé par l’un des « prédateurs revendiqués de la liberté de la presse », alerte l’ONG.

Au Sahel, les juntes parvenues au pouvoir au Niger (80e), au Burkina Faso (86e) et au Mali (114e) « ne cessent de resserrer leur emprise sur les médias et d’entraver le travail des journalistes ». Plus à l’est, le contrôle des réseaux sociaux et d’internet est très poussé au Vietnam (174e) et en Chine (172e). Ce dernier pays, qui emprisonne le plus grand nombre de journalistes au monde, conjugue censure et surveillance.

RSF dénonce aussi la situation au Proche-Orient, et notamment l’« absence manifeste de volonté politique de la communauté internationale à faire appliquer les principes de protection des journalistes » à Gaza. Plus de 100 reporters palestiniens y ont été tués par l’armée israélienne, dont au moins 22 dans l’exercice de leurs fonctions, rappelle l’ONG.

Le « mimétisme russe » et l’arme des deepfakes

Dans l’est de l’Europe et en Asie centrale, « les censures de médias se sont intensifiées, dans un mimétisme spectaculaire des actes de répression russes », observe RSF, citant le Bélarus (167e), la Géorgie (103e), le Kirghizistan (120e) et l’Azerbaïdjan (164e). La Russie elle-même, où Vladimir Poutine a été réélu en mars, se classe 162e.

Nouveauté inquiétante de cette édition : l’arsenal de la désinformation s’est enrichi de l’intelligence artificielle générative. RSF cite le cas d’un deepfake audio — un montage truqué particulièrement réaliste — dont a été victime la journaliste Monika Todóová en Slovaquie (29e, -12 places) avant les législatives de l’automne précédent. Un contenu qui a « clairement profité à la désinformation pro-russe qui sévit dans le pays », selon l’ONG. C’est l’une des premières fois qu’une telle manipulation s’invite aussi directement dans une campagne électorale européenne — un avant-goût des défis que pose l’IA à l’information, dont les entreprises et les médias mesurent encore mal l’impact, comme le montre l’adoption encore peu structurée de l’IA par les entreprises.

Les journalistes de l’environnement, en première ligne

Le tableau ne s’arrête pas au rapport de RSF. La même semaine, l’Unesco publie une étude alarmante sur un angle moins visible : les reporters qui couvrent les questions environnementales. Plus de 70 % des journalistes de 129 pays travaillant sur ces sujets disent avoir été victimes de menaces, de pressions ou d’attaques.

Dans son rapport « Presse et planète en danger », l’Unesco — qui a interrogé 905 journalistes — indique que deux sur cinq déclarent avoir subi des violences physiques, et que 85 % d’entre eux ont fait l’objet de menaces ou de pressions psychologiques. Par ailleurs, 60 % ont été victimes de harcèlement en ligne, 41 % d’agressions physiques et 24 % d’attaques sur le plan juridique. Plus parlant encore : près de la moitié (45 %) disent s’autocensurer par crainte de représailles. Quand un journaliste se tait par peur, c’est une information de moins qui parvient au public.

Pourquoi cela vous concerne

On pourrait penser que ces classements ne concernent que la profession. C’est l’inverse. Une presse sous pression, c’est un électeur moins bien informé, une décision publique moins contrôlée, une rumeur qui circule plus vite qu’un fait vérifié. Les outils de manipulation évoluent — réseaux sociaux, deepfakes, campagnes coordonnées — et brouillent la frontière entre information et propagande. Les plateformes elles-mêmes en prennent conscience, à l’image de TikTok, qui encadre désormais les campagnes des médias d’État lors des élections.

Au quotidien, le meilleur antidote reste simple : varier ses sources, distinguer un média d’information d’un relais d’opinion, se méfier d’un contenu qui suscite une émotion trop forte trop vite. Le rapport de RSF n’est pas qu’un palmarès : c’est un thermomètre de la santé démocratique. Et en 2024, il indique de la fièvre.

Questions fréquentes

Qui est Reporters sans frontières ?

RSF est une organisation non gouvernementale internationale dédiée à la défense de la liberté de la presse et à la protection des journalistes. Elle publie chaque année son classement mondial, devenu une référence pour mesurer l’état de l’information dans le monde.

Que mesure exactement le classement ?

Il combine un relevé chiffré des exactions subies par les journalistes (menaces, agressions, censures, arrestations) et une évaluation qualitative reposant sur l’avis de centaines d’experts. Le résultat reflète un climat général, pas seulement des incidents isolés.

La France est-elle vraiment bien placée ?

Elle figure au 21e rang mondial, ce que RSF qualifie de « situation plutôt bonne ». Mais ce gain de places s’explique surtout par la dégradation ailleurs. Au sein de l’Union européenne, la France n’arrive qu’à la 14e place sur 27.

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