Inclusive Brains : l’entreprise marseillaise qui exploite l’intelligence artificielle pour contrôler le cerveau
Une femme polyhandicapée qui porte la flamme olympique grâce à un exosquelette piloté par la pensée : la scène ressemble à de la science-fiction, mais elle est le fruit du travail d'une start-up marseillaise, Inclusive Brains. Derrière le terme un peu inquiétant de « contrôle du cerveau » se cache

Une femme polyhandicapée qui porte la flamme olympique grâce à un exosquelette piloté par la pensée : la scène ressemble à de la science-fiction, mais elle est le fruit du travail d'une start-up marseillaise, Inclusive Brains. Derrière le terme un peu inquiétant de « contrôle du cerveau » se cache en réalité l'inverse : une technologie qui rend le contrôle à des personnes que le handicap en avait privées. Voici, en clair, ce que fait cette entreprise, comment fonctionne sa technologie et quelles questions elle soulève.
Inclusive Brains, le « mini-Neuralink » marseillais
Inclusive Brains est une jeune entreprise française installée à Marseille. Sa mission est lisible dès son nom : rendre la technologie plus inclusive, c'est-à-dire accessible aux personnes en situation de handicap. Pour y parvenir, elle développe des interfaces qui permettent de commander des appareils sans utiliser ses mains ni sa voix, en s'appuyant sur l'activité du cerveau et l'intelligence artificielle.
On la compare souvent à Neuralink, la société d'Elon Musk, et certains la surnomment le « mini-Neuralink » français. La comparaison est pratique pour situer le secteur, mais elle est trompeuse sur le fond. Neuralink mise sur des implants placés à l'intérieur du crâne. Inclusive Brains, elle, a fait un choix radicalement différent : ne jamais ouvrir la boîte crânienne.
Le projet Prometheus : une interface neuronale non invasive
Le cœur de la technologie s'appelle Prometheus. C'est ce qu'on nomme une interface cerveau-machine, ou interface neuronale. L'idée générale d'une telle interface est de lire les signaux produits par le cerveau, puis de les traduire en actions concrètes : déplacer un curseur, allumer une lumière, faire bouger un membre artificiel.
La grande particularité de Prometheus tient à un mot : non invasive. Plutôt que d'implanter des électrodes dans le cerveau, le système les place à l'extérieur de la tête, en contact avec le cuir chevelu. Ces capteurs enregistrent l'activité électrique du cerveau, un peu comme le fait un électroencéphalogramme à l'hôpital.
Ces signaux bruts sont difficiles à interpréter : ils sont faibles, bruités et propres à chaque personne. C'est là qu'intervient l'intelligence artificielle. Des modèles entraînés à reconnaître certains schémas d'activité apprennent à associer une intention de l'utilisateur à une commande précise. Avec le temps et l'entraînement, le système gagne en fiabilité et s'adapte à la personne qui le porte.
Invasif ou non invasif : pourquoi ce choix compte
La différence n'est pas qu'une affaire technique. Une interface non invasive évite une opération chirurgicale, ses risques et son irréversibilité. Elle peut se poser et se retirer, s'essayer plus facilement et toucher davantage de personnes. En contrepartie, le signal capté depuis l'extérieur du crâne est moins précis qu'un signal recueilli au contact direct des neurones. Tout l'enjeu de l'intelligence artificielle est justement de compenser cette perte de finesse pour obtenir des commandes utilisables au quotidien.
Nathalie et la flamme olympique : une démonstration grandeur nature
L'illustration la plus marquante de cette technologie reste le geste de Nathalie. Polyhandicapée, elle a pu porter la flamme olympique à Marseille non pas avec son bras, mais grâce à un exosquelette relié à un système d'interface neuronale. Les signaux de son cerveau, captés par les électrodes et interprétés par l'IA, ont été convertis en mouvements du dispositif.
Au-delà du symbole, cet épisode montre concrètement ce que vise Inclusive Brains : permettre à une personne dont le corps ne répond plus comme avant de retrouver une part d'autonomie, par la seule intention. Le mot « contrôle du cerveau » prend ici tout son sens : ce n'est pas une machine qui contrôle la personne, c'est la personne qui retrouve le contrôle de son geste.
À quoi peut servir une telle interface
Le premier terrain d'application est évidemment médical. Pour les personnes paralysées, polyhandicapées ou privées de l'usage de leurs membres, une interface neuronale peut compenser certaines limitations : piloter un fauteuil, commander une prothèse ou un exosquelette, interagir avec un ordinateur. L'objectif affiché est l'autonomie et la qualité de vie au quotidien.
Mais le champ ne s'arrête pas à la santé. Les promoteurs de ces technologies imaginent des usages dans la rééducation, mais aussi dans la robotique et la réalité virtuelle, où l'on pourrait interagir avec un avatar ou une machine de façon plus directe et plus intuitive. Ces pistes restent largement exploratoires : il faut les voir comme des perspectives, pas comme des produits déjà installés dans nos foyers.
Cette dynamique s'inscrit dans un mouvement plus large où l'intelligence artificielle s'invite dans tous les secteurs. On la retrouve aussi bien dans la santé que dans l'industrie, comme le montre par exemple la stratégie d'IBM autour du logiciel libre pour les entreprises.
Données du cerveau : les questions éthiques à ne pas éluder
Lire l'activité cérébrale soulève des questions inédites. Les signaux du cerveau comptent parmi les données les plus intimes qui soient : ils touchent à ce que nous voulons, à ce que nous tentons de faire, parfois à notre état mental. Leur collecte appelle donc des garde-fous solides.
Trois préoccupations reviennent systématiquement dans le débat :
- La protection des données : ces informations sensibles doivent être sécurisées et leur usage strictement encadré, pour éviter tout détournement.
- Le consentement et la vie privée : l'utilisateur doit comprendre ce qui est mesuré, à quoi cela sert et garder la maîtrise de ses informations.
- La transparence : on doit pouvoir savoir comment fonctionne le système et qui a accès à quoi.
Le cadre juridique, lui, reste en construction. Ces technologies avancent vite, plus vite parfois que les règles censées les encadrer. La question de la régulation de l'IA dépasse d'ailleurs largement le seul cas des interfaces neuronales : elle traverse tout le secteur, y compris la manière dont les entreprises l'adoptent, un mouvement encore peu structuré et fortement influencé par le discours médiatique.
À retenir
- Inclusive Brains est une start-up marseillaise qui développe des interfaces cerveau-machine pour les personnes en situation de handicap.
- Sa technologie, le projet Prometheus, est non invasive : les électrodes restent à l'extérieur du crâne, contrairement aux implants de type Neuralink.
- L'intelligence artificielle traduit les signaux du cerveau en commandes concrètes, comme piloter un exosquelette.
- La démonstration la plus connue : Nathalie, polyhandicapée, portant la flamme olympique à Marseille grâce à ce dispositif.
- Les principaux défis sont éthiques et juridiques : protection des données cérébrales, consentement, transparence et régulation encore à bâtir.
Inclusive Brains illustre une promesse rare dans le débat sur l'intelligence artificielle : celle d'une technologie au service direct des personnes, qui répare plus qu'elle ne remplace. Reste à construire le cadre qui garantira que ces interfaces, capables de lire dans nos têtes, le fassent toujours pour nous, et jamais à notre place.
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