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Le Festival de Cannes célèbre l’arrivée massive des adaptations littéraires sur la Croisette

Chaque mois de mai, la Croisette pense d’abord aux films en compétition, au tapis rouge et à la Palme d’or. Mais en coulisses, un autre marché s’active : celui des livres qui rêvent de devenir des films. Le Festival de Cannes s’est imposé, au fil des éditions, comme

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découvrez la profusion d'adaptations littéraires lors du festival de cannes, une célébration artistique incontournable sur la croisette.
découvrez la profusion d'adaptations littéraires lors du festival de cannes, une célébration artistique incontournable sur la croisette.

Chaque mois de mai, la Croisette pense d’abord aux films en compétition, au tapis rouge et à la Palme d’or. Mais en coulisses, un autre marché s’active : celui des livres qui rêvent de devenir des films. Le Festival de Cannes s’est imposé, au fil des éditions, comme l’un des grands rendez-vous mondiaux de l’adaptation littéraire, où éditeurs et producteurs se rencontrent pour transformer des pages en scénarios. Voici ce qui se joue vraiment, loin des projecteurs.

Le livre, source discrète du grand écran

On l’oublie souvent en sortant d’une salle, mais une part importante des films vient d’un texte préexistant : roman, nouvelle, bande dessinée, récit de non-fiction ou pièce de théâtre. L’adaptation littéraire n’a rien d’une nouveauté — le cinéma puise dans les livres depuis ses débuts —, mais elle reste un moteur essentiel de la création audiovisuelle.

Pour un producteur, partir d’un livre offre plusieurs atouts : une histoire déjà construite, des personnages éprouvés, parfois un lectorat fidèle prêt à se déplacer en salle. Pour un éditeur et un auteur, c’est une seconde vie pour l’œuvre, une visibilité nouvelle et une source de revenus complémentaire via la cession des droits. C’est précisément cette rencontre entre deux mondes que le Festival de Cannes contribue à organiser.

« Shoot the Book! », le pitch qui fait le lien

Au cœur de ce dispositif, on trouve une initiative portée par la Scelf, la société de gestion qui collecte et répartit les droits d’auteur pour l’édition. Depuis plus d’une dizaine d’années, elle organise pendant le festival une session de présentations baptisée « Shoot the Book! ».

Le principe est simple et efficace. Des éditeurs montent sur scène pour « pitcher » une sélection de livres — en quelques minutes chacun — devant une salle remplie de producteurs venus du monde entier. L’objectif : donner envie, susciter le coup de cœur, déclencher une prise de contact. Une centaine et demie de professionnels assistent à ces présentations, et l’exercice s’est imposé comme un passage attendu du calendrier cannois pour qui s’intéresse à l’adaptation.

Le pari semble payant. D’après la Scelf, une part significative des ouvrages présentés lors de ces sessions — plus de trois sur dix selon les éditions précédentes — décrochent ensuite au moins une option d’adaptation. Autrement dit, un producteur s’engage, réserve les droits et lance le travail de développement. Tout n’aboutit pas à un film, loin de là, mais le taux d’intérêt témoigne d’un appétit réel des professionnels.

Un véritable marché, pas seulement une vitrine

« Shoot the Book! » n’est que la partie visible. Autour de ces présentations, la Scelf déploie un marché dédié aux échanges directs entre maisons d’édition et producteurs. C’est là, dans les rendez-vous individuels et les discussions informelles, que se nouent les partenariats et que se concrétisent les projets.

Cette logique de marché est exactement celle du Marché du film, l’immense plateforme professionnelle qui se tient en parallèle de la sélection officielle. Cannes n’est pas seulement une fête du cinéma : c’est aussi l’un des plus grands lieux de négociation de l’industrie, où les droits s’achètent, se vendent et se financent. Les livres y ont désormais leur place attitrée.

Tous les genres, toutes les langues

L’une des richesses de cet écosystème tient à sa diversité. Les ouvrages mis en avant ne se limitent pas aux grands romans littéraires. On y croise des récits contemporains, des polars, des œuvres de genre, des biographies, des essais, parfois des bandes dessinées ou des documents de non-fiction. Cette variété permet à des producteurs aux sensibilités très différentes de trouver matière à projet, du film d’auteur à la production plus grand public.

S’y ajoute une dimension internationale forte. Les producteurs présents viennent de nombreux pays, ce qui offre aux titres présentés une exposition bien au-delà des frontières de leur langue d’origine. Pour un éditeur français, voir l’un de ses ouvrages susciter l’intérêt d’un studio étranger, c’est ouvrir une porte rare vers l’export et la coproduction.

À retenir

  • Le livre nourrit le cinéma : une part importante des films naît d’une œuvre écrite préexistante.
  • « Shoot the Book! » : organisée par la Scelf à Cannes, cette session permet aux éditeurs de présenter des livres à des producteurs internationaux.
  • Des résultats concrets : une proportion notable des titres pitchés décroche au moins une option d’adaptation.
  • Un marché, pas qu’une vitrine : autour des pitches, des rendez-vous dédiés font naître les partenariats.

Quand l’industrie structure l’adaptation

L’intérêt pour l’adaptation ne se limite plus à des rencontres ponctuelles. Les grands acteurs de l’audiovisuel s’organisent pour en faire un véritable axe stratégique. Le groupe Canal+ a ainsi annoncé, autour de cette période, la création d’un label dédié aux adaptations littéraires au sein de Studiocanal, baptisé « Studiocanal Stories », destiné à plusieurs marchés européens.

Ce type d’initiative en dit long sur la tendance de fond : repérer en amont les œuvres à fort potentiel, sécuriser les droits, et construire un catalogue d’histoires prêtes à être portées à l’écran. La concurrence des plateformes, toujours en quête de contenus originaux et de séries au long cours, a renforcé cette course aux bonnes histoires. Le livre, par sa profondeur narrative, en est un réservoir naturel.

Ce que cela change pour le public et les auteurs

Pour le spectateur, cette effervescence se traduit, à terme, par davantage de films et de séries issus de récits déjà appréciés en librairie. Pour les auteurs et les maisons d’édition, c’est une chaîne de valeur élargie : un même texte peut vivre en papier, en numérique, à l’écran, et toucher des publics qui ne se seraient jamais croisés.

Reste que tout n’est pas joué d’avance. Une option n’est pas un film : entre la cession des droits et la sortie en salle, il y a des années de développement, de financement et d’écriture, et de nombreux projets s’arrêtent en chemin. Le succès d’un livre ne garantit pas non plus celui de son adaptation, et l’inverse est tout aussi vrai. L’exercice reste un pari, mais un pari que l’industrie assume de plus en plus volontiers.

Cannes joue ici un rôle de catalyseur : en réunissant au même endroit ceux qui écrivent, ceux qui publient et ceux qui produisent, le festival accélère des rencontres qui, autrement, prendraient bien plus de temps. La Croisette n’est pas seulement le théâtre des films de demain — elle est aussi, discrètement, celui des livres qui les inspireront.

Cette dynamique s’inscrit dans une actualité culturelle riche, où l’événement et la création se nourrissent mutuellement. À l’image d’un artiste qui suit son propre chemin créatif, l’adaptation littéraire rappelle qu’une œuvre peut connaître plusieurs vies. Et comme dans le monde du divertissement où les industries culturelles se réinventent sans cesse, le pont entre le livre et l’écran illustre une même réalité : les bonnes histoires, quel que soit leur support de départ, restent la matière première la plus convoitée.

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