CNews attire plus de téléspectateurs que BFMTV pour la première fois
Changement de cap dans l’info en continu. En mai, CNews a dépassé BFMTV en part d’audience: 2,8 % contre 2,7 % chez les 4 ans et plus, selon Médiamétrie. Première historique qui rebat les cartes d’un marché ultra-concurrentiel et sous tension permanente.

Changement de cap dans l’info en continu. En mai, CNews a dépassé BFMTV en part d’audience: 2,8 % contre 2,7 % chez les 4 ans et plus, selon Médiamétrie. Première historique qui rebat les cartes d’un marché ultra-concurrentiel et sous tension permanente.
Pourquoi c’est historique
BFMTV dominait jusqu’ici le segment des chaînes d’info. Voir CNews prendre la tête, même d’un souffle, n’est pas qu’un symbole: c’est un signal que les habitudes de consommation bougent. En clair, le public arbitre différemment entre chaînes d’info, talk, débats et événements politiques.
Le contexte compte. CNews s’appuie sur une programmation très incarnée, une place importante donnée aux débats et aux éditos, et une présence appuyée sur les réseaux sociaux et les messageries (y compris Telegram) pour étendre sa visibilité. De son côté, BFMTV reste le mastodonte de la « breaking news » et de la couverture en temps réel. Deux propositions d’information, deux rythmes, deux promesses éditoriales.
À l’arrière-plan, deux groupes poids lourds: CNews est au sein du groupe Vivendi (Canal+), BFMTV appartient à Altice. Le face-à-face dépasse donc l’antenne: il touche aux stratégies industrielles, aux investissements et aux arbitrages publicitaires.
Ce que disent les chiffres
La mesure clé ici, c’est la part d’audience: la proportion de téléspectateurs regardant une chaîne donnée parmi l’ensemble de ceux qui regardent la télévision au même moment. En mai, CNews passe à 2,8 % chez les 4 ans et plus, devant BFMTV à 2,7 %. L’écart est mince, mais suffisant pour une « première ».
Autre indicateur évoqué: l’« audience mensuelle » (ou couverture), qui compte le nombre de personnes ayant regardé la chaîne au moins une fois sur la période. Le groupe Vivendi indique que plus de 8,2 millions de téléspectateurs ont regardé CNews en mai. BFMTV revendique pour sa part 12,1 millions sur le mois. Deux métriques différentes, deux histoires: CNews l’emporte en part d’audience, BFMTV reste plus « large » en couverture. C’est courant: la puissance d’une marque peut coexister avec un avantage de part sur des cases ou des comportements de visionnage spécifiques.
Un pic le 30 mai
Le mois a été marqué par une soirée record: le débat entre têtes de liste des élections européennes, le 30 mai. CNews a signé des scores exceptionnels, allant jusqu’à dépasser France 2 en soirée. Entre 21 h et 23 h 44, la chaîne a réuni en moyenne plus de 800 000 téléspectateurs. De quoi doper la courbe et ancrer cette première place sur le mois.
Les audiences TV restent très sensibles aux événements. Un grand direct, une affiche sportive, un débat à enjeu: autant de boosters. On l’a vu récemment avec des pointes d’audience pour le sport, comme lors de Nadal-Zverev sur France 2 ou le match OM–Benfica sur M6.
Comment CNews a pris l’avantage
La progression n’est pas tombée du ciel. Depuis plusieurs mois, CNews talonne BFMTV. En décembre 2023, puis en mars, les deux chaînes étaient déjà au coude-à-coude. En mai, le verrou a sauté.
Plusieurs facteurs se combinent:
- Agenda politique chargé: campagne des européennes, débats, confrontations d’idées. CNews a capitalisé sur ces rendez-vous forts.
- Formats identifiés: plateaux d’opinion, éditorialisation marquée, visages récurrents. Cela crée de la fidélité et des habitudes de rendez-vous.
- Distribution numérique: extraits partagés, relais sur réseaux sociaux et messageries, ce qui élargit l’entonnoir d’audience et ramène vers l’antenne.
À cela s’ajoute un travail d’horlogerie sur la grille: maillage des tranches, incarnation des cases, construction de rendez-vous quotidiens. Autant d’éléments qui pèsent quand la bataille se joue au dixième de point.
Les enjeux et la suite
Ce passage en tête, même court, peut déclencher des effets en chaîne:
- Publicité et valorisation: une première place renforce un discours commercial, surtout sur les cases où l’avantage est réel.
- Concurrence éditoriale: BFMTV, qui conserve une couverture mensuelle plus large, pourrait ajuster ses formats de prime, ses débats et ses incarnations pour reconquérir du terrain.
- Grille de rentrée: chacun cherchera à verrouiller ses points forts et à combler ses creux. Attendez-vous à des mouvements de casting et à des dispositifs spéciaux autour des grands événements d’actualité.
- Régulation et responsabilité: comme toutes les chaînes d’info, CNews et BFMTV évoluent sous le regard du régulateur. L’équilibre entre pluralisme, débat et vérification des faits restera scruté.
Mesure et précautions
Un mois ne fait pas une tendance. Les parts d’audience varient selon l’actualité, les journées marquées, les périodes électorales. La prudence s’impose: il faudra confirmer sur plusieurs mois, et regarder les détails par tranche horaire, jours de semaine, profils d’âge.
Autre bémol classique: les chiffres communiqués par les chaînes (couverture, performances digitales, « replays ») ne décrivent pas les mêmes réalités que la part d’audience Médiamétrie. Comparer des indicateurs hétérogènes mène vite à des malentendus. Le signal majeur de mai reste donc la part d’audience 4+.
Ce que BFMTV peut faire
Rebondir vite sur les événements non prévisibles — crises, grandes affaires —, re-muscler les soirées et consolider les rendez-vous de journée. BFMTV garde une puissance d’allumage forte en « hard news ». En reprenant l’initiative sur des événements propriétaires (grands débats, opérations spéciales), la chaîne peut combler l’écart.
La riposte se jouera aussi hors antenne: circulation des contenus sur le numérique, vitesse de déclinaison des extraits, éditorialisation des réseaux et travail de notoriété sur les visages. Le match se joue autant dans le flux télé que dans le flux social.
À surveiller
- Les prochaines grandes soirées politiques et événements sportifs, baromètres puissants de l’appétence du public.
- Les évolutions de grille à l’approche de la rentrée, toujours stratégiques pour l’info en continu.
- Les écarts par tranche horaire: l’avance peut se jouer sur quelques cases clés.
Repères à retenir
En mai: CNews passe devant BFMTV en part d’audience 4+ (2,8 % vs 2,7 %, source Médiamétrie). Première historique.
Couverture mensuelle: plus de 8,2 millions de téléspectateurs pour CNews selon le groupe Vivendi, contre 12,1 millions revendiqués par BFMTV.
Soirée clé: le 30 mai, débat des européennes: plus de 800 000 téléspectateurs en moyenne entre 21 h et 23 h 44; CNews dépasse France 2 en soirée.
Tendance: les deux chaînes étaient déjà au coude-à-coude en décembre 2023 et en mars. Confirmation à suivre sur la durée.
Verdict provisoire: CNews a gagné une bataille, pas encore la guerre. L’info en continu adore les rebondissements. Vous n’avez pas fini d’en voir.
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