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L’industrie du livre s’oppose fermement à l’annonce de publicités à la télévision

Un décret autorisant la publicité télévisée pour les livres sur les chaînes publiques gratuites de la TNT a provoqué une vive opposition de l'industrie du livre. Éditeurs, syndicats et libraires demandent son abrogation : ils redoutent que cette ouverture, présentée comme un soutien à la lecture,

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découvrez l'opposition ferme de l'industrie du livre aux publicités télévisées
découvrez l'opposition ferme de l'industrie du livre aux publicités télévisées

Un décret autorisant la publicité télévisée pour les livres sur les chaînes publiques gratuites de la TNT a provoqué une vive opposition de l'industrie du livre. Éditeurs, syndicats et libraires demandent son abrogation : ils redoutent que cette ouverture, présentée comme un soutien à la lecture, ne profite surtout aux plus gros acteurs au détriment de la diversité éditoriale. Voici ce que dit le texte, pourquoi il dérange et ce qui se joue derrière cette mobilisation.

Ce que prévoit le décret

Jusqu'ici, le livre faisait partie des secteurs interdits de publicité à la télévision en France, une exception historique qui visait à protéger un bien culturel pas tout à fait comme les autres. Le décret en cause lève cette interdiction, mais de façon encadrée : il ouvre la publicité pour les livres uniquement sur les chaînes publiques gratuites diffusées sur la TNT.

L'objectif affiché par les pouvoirs publics est d'encourager la lecture en donnant aux ouvrages une visibilité nouvelle, à l'heure où le temps passé devant les écrans concurrence durement le temps passé à lire. Sur le papier, la mesure ressemble à un coup de pouce. Dans les faits, une grande partie de la profession y voit un cheval de Troie.

Une mesure non sollicitée par les éditeurs

Premier reproche, et non des moindres : personne dans le secteur n'a réclamé cette ouverture. Le Syndicat national de l'édition (SNE), qui réunit les grandes maisons comme Hachette, Gallimard ou Editis, a demandé l'abrogation du décret.

Selon Renaud Lefebvre, directeur général du syndicat, les éditeurs connaissaient l'existence du projet, mais ignoraient le calendrier de sa mise en œuvre. Résultat : ils n'ont pas eu l'occasion de faire remonter leurs réserves ni leurs attentes avant la publication du texte. Cette impression d'avoir été mis devant le fait accompli alimente le sentiment d'une décision imposée d'en haut, sans véritable concertation.

Des craintes partagées largement

L'opposition ne se limite pas à un communiqué syndical. De nombreuses figures du livre ont exprimé publiquement leur désaccord. Antoine Gallimard, PDG de la maison Gallimard, et Denis Olivennes, PDG d'Editis, ont fait part de leurs inquiétudes.

Fait notable, le mécontentement traverse tout l'écosystème : de nombreux éditeurs indépendants se sont eux aussi ralliés à cette contestation. On retrouve donc, fait rare, de grands groupes et de petites structures dans le même camp, ce qui en dit long sur le caractère sensible du sujet.

Pourquoi une telle opposition

Si la profession s'inquiète autant, c'est que la publicité télévisée touche à des équilibres profonds du marché du livre. Plusieurs arguments reviennent.

Le risque d'un marché à deux vitesses

Une campagne télévisée coûte cher. Mécaniquement, seuls les éditeurs disposant de moyens financiers importants pourraient s'offrir ces espaces. La crainte est claire : voir la visibilité se concentrer sur les grandes productions et les têtes de gondole, pendant que les auteurs moins connus et les ouvrages de niche resteraient dans l'ombre. Loin de démocratiser la lecture, le dispositif pourrait creuser l'écart entre best-sellers et catalogue exigeant.

La spécificité de l'achat d'un livre

L'autre inquiétude touche à la nature même de la prescription littéraire. Acheter un livre est souvent un acte réfléchi, nourri par les recommandations d'amis, les critiques, le conseil d'un libraire. La publicité télévisée, plus massive et plus uniforme, risquerait de standardiser les goûts et de renforcer le poids des grands médias dans les choix des lecteurs, au détriment de la prescription artisanale qui fait la richesse du secteur.

Une mesure à rebours du soutien public

Enfin, les professionnels soulignent une contradiction : le texte semble aller à l'encontre de la politique de soutien à l'édition indépendante et à la diversité culturelle que défend par ailleurs le gouvernement. Difficile, selon eux, d'encourager la pluralité éditoriale d'un côté tout en favorisant la concentration de la visibilité de l'autre.

À retenir

  • Un décret autorise la publicité télévisée pour les livres sur les chaînes publiques gratuites de la TNT, levant une interdiction historique.
  • Le Syndicat national de l'édition réclame son abrogation et déplore l'absence de concertation sur le calendrier.
  • La profession redoute un avantage aux gros éditeurs, l'éviction des ouvrages de niche et une uniformisation des goûts.
  • Grands groupes et éditeurs indépendants s'opposent ensemble, ce qui souligne la portée du désaccord.

Vers une mobilisation collective

Face à cette annonce, l'industrie du livre s'organise pour faire entendre ses arguments et obtenir le retrait du décret. Réunions, prises de position publiques et pétitions se multiplient pour exprimer le refus du secteur.

Au-delà du cas français, le débat fait écho aux fragilités d'un marché du livre déjà confronté à la concurrence des écrans et à la pression sur les marges. La question dépasse d'ailleurs nos frontières : au Québec, l'industrie du livre traverse elle aussi des turbulences, signe que partout la chaîne éditoriale cherche son équilibre. Dans un paysage médiatique en pleine recomposition, où les chaînes de télévision publiques se réorganisent en profondeur, l'arrivée de la publicité pour les livres n'est qu'un symptôme parmi d'autres des mutations à l'œuvre.

Cette mobilisation interroge plus largement la place de la culture face aux logiques commerciales du petit écran. Les acteurs du secteur rappellent que le livre n'est pas un produit comme un autre, à l'image des grands rendez-vous qui célèbrent sa singularité, comme la Journée mondiale du livre et du droit d'auteur. Quant aux enjeux de transparence des secteurs habituellement écartés de la publicité télévisée, ils ne sont pas sans rappeler les débats récents sur la responsabilité des industries culturelles.

L'annonce de la publicité télévisée pour les livres a provoqué une onde de choc dans l'édition. Éditeurs et professionnels s'y opposent fermement, craignant des conséquences néfastes sur la diversité et la spécificité du secteur. Reste à savoir si leur mobilisation sera entendue et si le décret sera, au final, abrogé.

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