Aymeric Gibet : Découvrez comment l’équipage du Belem sollicite en permanence ses mollets pour naviguer
On imagine volontiers le marin du Belem les yeux rivés sur l'horizon, une main posée sur la barre. La réalité est bien plus physique. À bord du plus ancien trois-mâts français encore en navigation, l'équipage sollicite ses jambes, et tout particulièrement ses mollets, du matin au soir. Son

On imagine volontiers le marin du Belem les yeux rivés sur l'horizon, une main posée sur la barre. La réalité est bien plus physique. À bord du plus ancien trois-mâts français encore en navigation, l'équipage sollicite ses jambes, et tout particulièrement ses mollets, du matin au soir. Son commandant, Aymeric Gibet, le résume sans détour : naviguer sur ce voilier centenaire est un effort de tous les instants, à mi-chemin entre le métier de marin et la performance d'athlète.
Pourquoi les mollets ? Parce que tout, sur un grand voilier traditionnel, se fait debout, en hauteur et à la force des bras et des jambes. Voici ce que cela implique vraiment, et pourquoi l'équipage du Belem ressemble autant à une équipe sportive qu'à une équipe de navigation.
Le Belem, un voilier qui se mène au corps
Le Belem n'est pas un bateau comme les autres. Lancé en 1896, ce trois-mâts barque est aujourd'hui un monument historique flottant, devenu l'un des grands navires-école et ambassadeurs de la voile traditionnelle française. Il a tenu un rôle particulièrement médiatique au printemps 2024 en transportant la flamme olympique de Grèce jusqu'à Marseille, sous les yeux de milliers de spectateurs.
Manœuvrer un tel voilier ne ressemble en rien à la navigation de plaisance moderne. Il n'y a pas de winchs électriques pour tout faire à la place de l'humain : ici, on hisse, on borde et on règle les voiles à la main, en équipe, en tirant sur les bouts (les cordages). Chaque manœuvre mobilise le corps entier. Et comme le souligne Aymeric Gibet, le navire n'est pas ergonomique : on grimpe, on enjambe, on monte et descend sans cesse.
Pourquoi les mollets sont autant sollicités
L'explication tient à l'architecture même du Belem et à la façon dont on y travaille. Trois sources d'effort reviennent en permanence.
Les escaliers et les déplacements incessants
À bord, on ne marche pas, on grimpe. Le Belem compte de nombreux escaliers et niveaux, et le moindre déplacement d'un point à un autre du navire impose de monter ou de descendre des marches étroites. Multiplié sur une journée entière, puis sur plusieurs jours de mer, l'effort devient considérable. Ce sont les mollets, les cuisses et les chevilles qui encaissent ces montées répétées.
La mâture et les manœuvres en hauteur
Régler les voiles d'un trois-mâts, c'est aussi monter dans le gréement. Grimper dans la mâture sollicite intensément les jambes, qui poussent et stabilisent le corps à chaque échelon, souvent dans le roulis et avec les mains occupées. Tirer sur les bouts pour hisser ou border une voile demande, là encore, de prendre appui sur les jambes pour transmettre toute la force du corps.
L'équilibre permanent en mer
Un détail qu'on oublie souvent à terre : en mer, le sol bouge tout le temps. Pour rester debout sur un pont qui gîte et tangue, les muscles des jambes travaillent en continu, même à l'arrêt, afin de compenser chaque mouvement. Cette tension de fond, invisible mais permanente, explique pourquoi les mollets d'un marin sont si sollicités, bien au-delà des seules manœuvres.
Un effort physique, mais aussi mental
La fatigue du marin n'est pas que musculaire. Commander un navire comme le Belem suppose une concentration de chaque instant et une lourde charge mentale. Aymeric Gibet explique avoir toujours sur lui une feuille où il note l'ensemble des actions à mener dans les quarante-huit heures à venir. Cette méthode très simple lui permet d'anticiper, de hiérarchiser et d'alléger sa charge mentale : poser les choses sur le papier, c'est se libérer l'esprit pour rester disponible face à l'imprévu.
Car la responsabilité pèse. Stress, vigilance constante, sommeil haché : à la fatigue du corps s'ajoute celle de l'esprit. Les deux se nourrissent l'une l'autre. Un commandant épuisé décide moins bien ; un équipage tendu se blesse plus facilement.
Le risque de blessure, jamais loin
Qui dit effort physique intense dit risque de blessure. Aymeric Gibet raconte avoir déjà été victime d'un lumbago après avoir soulevé une charge lourde, ce qui l'a handicapé plusieurs jours. Sur un voilier, une simple douleur au dos ou à la jambe change tout : on ne peut plus grimper, plus tirer, plus tenir son poste.
Les escaliers et les nombreux obstacles du navire sont d'autres sources d'accident, surtout en cas de précipitation ou de fatigue. D'où une règle d'or à bord : rester vigilant, ne pas forcer inutilement et prendre soin de son corps comme d'un outil de travail. La récupération et l'attention au geste juste font partie du métier, exactement comme pour un sportif de haut niveau.
À bord, le corps est l'outil principal. Le préserver, c'est garantir que tout l'équipage pourra tenir la durée de la traversée.
Un équipage qui fonctionne comme une équipe sportive
C'est l'image qui revient le plus souvent dans la bouche d'Aymeric Gibet : l'équipage du Belem ressemble à une équipe de sport. On y retrouve un capitaine, un effort collectif et, surtout, une interdépendance totale. Chacun a son rôle et sa position à tenir ; il suffit qu'un seul membre soit indisponible pour que tout le collectif soit affecté.
Cette logique d'équipe se complique encore lorsque le Belem accueille des invités ou des stagiaires embarqués, ce qui est fréquent sur ce navire-école. Il faut alors de la réactivité, savoir gérer les remplacements et intégrer rapidement des personnes moins aguerries, sans perdre en sécurité ni en efficacité. La même solidarité que l'on retrouve dans le sport collectif, où la cohésion fait la différence autant que les qualités individuelles, comme chez ces équipages d'aviron où chaque rameur dépend des autres.
À retenir
- Pourquoi les mollets ? Escaliers à répétition, montées dans la mâture, traction sur les cordages et équilibre permanent sur un pont qui bouge.
- Un navire exigeant. Le Belem, trois-mâts de 1896, se mène à la force des bras et des jambes, sans automatisation moderne.
- Le mental compte autant que le physique. Aymeric Gibet anticipe ses tâches sur 48 heures pour alléger sa charge mentale.
- La blessure rôde. Lumbago, chutes, faux mouvements : la vigilance et la récupération sont vitales.
- Esprit d'équipe. Un équipage soudé, où l'indisponibilité d'un seul affecte tout le collectif.
Naviguer sur le Belem, ce n'est donc pas seulement une affaire de voiles et de gouvernail. C'est d'abord une affaire de corps : des mollets solides, des jambes endurantes et une équipe qui avance d'un seul mouvement. Le Belem reste d'ailleurs un formidable terrain de rencontre entre la mer et le grand public, comme lorsqu'il a accueilli à son bord des supporters venus suivre un match de l'OM depuis le pont du navire. Derrière l'image de carte postale du vieux gréement, il y a chaque jour le travail physique, discret et constant, de marins qui sont, à leur manière, de véritables athlètes de la mer.
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