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La Banque Centrale Européenne devient le principal créancier d’Atos

C'est un acteur que personne n'attendait à cette place. Selon des informations révélées par La Lettre , la Banque centrale européenne (BCE) figurerait parmi les principaux créanciers d'Atos, le géant informatique français en pleine restructuration financière. Elle détiendrait à elle seule une part

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découvrez comment la banque centrale européenne devient le principal créancier d'atos et son impact sur l'économie européenne.
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C'est un acteur que personne n'attendait à cette place. Selon des informations révélées par La Lettre, la Banque centrale européenne (BCE) figurerait parmi les principaux créanciers d'Atos, le géant informatique français en pleine restructuration financière. Elle détiendrait à elle seule une part importante de la dette obligataire du groupe, ce qui en ferait le créancier le plus exposé pris individuellement. Voici ce que l'on sait, comment la BCE s'est retrouvée dans cette position, et pourquoi cela compte pour la suite du dossier.

Ce qu'il faut retenir

  • La BCE détiendrait une part notable de la dette obligataire d'Atos, ce qui la placerait au rang de premier créancier individuel du groupe.
  • Cette exposition découle des programmes d'achats d'obligations d'entreprise menés par la banque centrale à partir du milieu des années 2010, et non d'un choix lié à Atos en particulier.
  • Sa présence parmi les créanciers était passée largement inaperçue jusqu'à ce qu'elle soit révélée par la presse.
  • Elle pourrait peser dans les négociations de sauvetage, où deux camps rivaux se disputent le contrôle de l'entreprise.

Une présence passée inaperçue

L'information a surpris le marché. Jusqu'ici, le rôle de la BCE parmi les créanciers d'Atos n'avait jamais été mis en lumière. Selon les éléments rapportés par La Lettre et relayés par plusieurs sources, l'institution de Francfort détiendrait autour de 20 % de la dette obligataire du groupe, soit de l'ordre d'un demi-milliard d'euros d'obligations. Ces ordres de grandeur, à prendre à titre indicatif, suffisent à faire de la BCE le créancier le plus exposé à titre individuel, devant les fonds et investisseurs habituellement cités dans le dossier.

Contrairement à ce que l'on pourrait croire, la banque centrale ne s'est pas portée au secours d'Atos. Sa présence est le sous-produit mécanique d'une politique monétaire menée à une tout autre échelle.

L'héritage du « quantitative easing »

Cette exposition remonte aux programmes d'assouplissement quantitatif lancés sous la présidence de Mario Draghi. Dans le cadre de son programme d'achats de titres d'entreprise (le CSPP), la BCE a acquis massivement des obligations émises par de grandes sociétés de la zone euro, dont Atos faisait partie. L'objectif n'était pas de soutenir telle ou telle entreprise, mais de faire baisser les coûts de financement et de soutenir l'économie de la zone euro dans son ensemble.

Depuis, la banque centrale a refermé le robinet : à partir de l'été 2023, elle a cessé de réinvestir dans les titres arrivant à échéance. Elle conserve néanmoins un stock encore considérable d'obligations d'entreprise, qui se réduit au fil des remboursements. La France figure parmi les premiers bénéficiaires de ce programme d'achats, devant l'Allemagne et l'Espagne — ce qui explique en partie pourquoi un fleuron français comme Atos s'est retrouvé dans le portefeuille de Francfort.

Les titres de dette d'Atos détenus par la BCE arrivent à échéance de façon échelonnée sur plusieurs années, avec des taux d'intérêt modestes, hérités d'une époque où l'argent était bon marché. C'est précisément cet héritage qui place aujourd'hui la banque centrale dans une position aussi inhabituelle qu'inattendue.

Pourquoi cela pèse sur le sauvetage d'Atos

Le statut de premier créancier n'est pas qu'un détail comptable. Dans une restructuration, ce sont les créanciers qui décident, en grande partie, du sort de l'entreprise : qui efface quelle part de la dette, qui entre au capital, qui prend le contrôle. Disposer d'une voix importante autour de la table change la donne.

Dans le cas d'Atos, cette restructuration est déjà un terrain disputé. Le groupe doit réduire une dette devenue trop lourde, comme le montre la forte hausse de son endettement, et plusieurs camps se sont positionnés pour en prendre les commandes. La présence de la BCE ajoute une variable de plus à une équation déjà complexe, déjà marquée par la pression croissante des banques sur le dossier.

Deux camps pour le contrôle

L'avenir du groupe se joue entre des projets concurrents. D'un côté, le milliardaire tchèque Daniel Kretinsky, associé au fonds Attestor, a déposé une offre. De l'autre, David Layani, fondateur de Onepoint, déjà actionnaire de référence, a proposé sa propre solution de sauvetage. Chacun avance ses conditions, notamment sur le niveau de dette à effacer et la part du capital à reprendre. Cette confrontation, qui marque le début de la bataille pour le contrôle d'Atos, conditionne la suite du dossier.

Or, dans ce bras de fer, l'accord des créanciers obligataires est déterminant. Selon les informations rapportées, ceux-ci se montraient disposés à composer pour tenir compte de la position particulière de la BCE — sans que les attentes exactes de la banque centrale soient connues. La perspective d'un créancier aussi singulier, soumis à des contraintes institutionnelles propres, complique encore la recherche d'un compromis.

L'offre Kretinsky recalée par les créanciers

La négociation s'est d'ailleurs tendue. D'après La Tribune, un groupe de créanciers obligataires d'Atos a adressé un courrier rejetant l'offre portée par Daniel Kretinsky et son partenaire. En cause : le projet prévoyait l'annulation d'environ 4 milliards d'euros de dettes, un niveau jugé excessif par les créanciers. Ces derniers ont avancé une contre-proposition nettement plus modérée, autour de 1,8 milliard d'euros d'abandon de créances, sous certaines conditions.

Le consortium emmené par Daniel Kretinsky a répliqué en assurant que son offre était entièrement financée et qu'une nouvelle restructuration ultérieure ferait courir un risque trop élevé à l'entreprise. Les discussions se sont poursuivies, avec un calendrier serré et un échéancier fixé par l'administratrice judiciaire en charge du dossier. Ces tensions s'inscrivent dans une mécanique déjà engagée, où les détenteurs d'obligations se disaient prêts à prendre le contrôle du groupe.

Ce que cela signifie pour la suite

La leçon de cet épisode dépasse le seul cas d'Atos. Il rappelle qu'une banque centrale, à force d'acheter de la dette d'entreprise pour soutenir l'économie, peut se retrouver, des années plus tard, partie prenante du sauvetage d'une société en difficulté — une position qui interroge, tant elle s'éloigne de son rôle traditionnel.

Pour Atos, l'enjeu reste entier : trouver un accord acceptable à la fois par les créanciers, par les candidats au rachat et par la justice qui encadre la procédure. La présence de la BCE ne bouleverse pas à elle seule l'issue, mais elle ajoute un acteur de poids, dont les arbitrages devront être pris en compte. Les semaines qui suivent ces révélations restent donc décisives pour savoir quel camp prendra finalement le contrôle du groupe et comment sa dette sera renégociée.

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