Walter Butler rejette l’offre de Daniel Kretinsky pour l’acquisition d’Atos
Le financier Walter Butler, allié de David Layani au capital d’Atos, a écarté l’offre de reprise portée par l’homme d’affaires tchèque Daniel Kretinsky. Un nouveau coup de théâtre dans un dossier déjà très disputé, qui rebat les cartes du sauvetage de l’ex-fleuron

Le financier Walter Butler, allié de David Layani au capital d’Atos, a écarté l’offre de reprise portée par l’homme d’affaires tchèque Daniel Kretinsky. Un nouveau coup de théâtre dans un dossier déjà très disputé, qui rebat les cartes du sauvetage de l’ex-fleuron informatique français à quelques semaines d’une échéance financière critique.
Ce qu’il faut retenir
- Walter Butler, partenaire de David Layani, rejette la proposition de rachat de Daniel Kretinsky pour Atos.
- Le motif invoqué : des divergences stratégiques jugées trop profondes avec le projet du milliardaire tchèque.
- Ce refus relance la concurrence entre les prétendants au sauvetage du groupe.
- Atos reste sous pression : l’entreprise dispose de très peu de temps pour boucler un accord et éviter le pire.
Un refus qui rebat les cartes
La décision a surpris une partie des observateurs. Walter Butler, financier réputé pour ses positions tranchées, a fait savoir qu’il ne soutiendrait pas l’offre de Daniel Kretinsky. Allié de David Layani, premier actionnaire d’Atos via son groupe OnePoint, il pèse dans l’équilibre des forces autour du dossier.
Ce rejet n’est pas anodin. Il intervient alors qu’Atos cherche désespérément une solution pour restructurer une dette devenue colossale et stabiliser une situation financière dégradée depuis plusieurs années. Chaque prise de position d’un actionnaire ou d’un créancier peut faire pencher la balance vers tel ou tel scénario de reprise.
Des divergences stratégiques au cœur du désaccord
Officiellement, le refus de Walter Butler tient à des divergences stratégiques. Selon lui, le projet porté par Daniel Kretinsky ne s’aligne pas sur la vision qu’il défend, aux côtés de David Layani, pour l’avenir d’Atos.
Les deux hommes plaident depuis plusieurs années pour une trajectoire fondée sur l’innovation et la diversification de l’offre du groupe. En écartant l’offre tchèque, Walter Butler entend défendre cette ligne et préserver Atos en tant qu’acteur de poids du secteur informatique français, plutôt que de le voir passer sous le contrôle d’un investisseur dont les intentions à long terme suscitent des interrogations.
Ce désaccord illustre une tension de fond dans le dossier : faut-il privilégier un repreneur extérieur capable d’apporter des capitaux frais, ou conforter le projet d’un actionnaire déjà engagé qui veut garder la main sur la stratégie ?
Kretinsky, un prétendant récurrent
Daniel Kretinsky n’est pas un acteur de passage dans le dossier Atos. Le milliardaire tchèque, propriétaire d’un large portefeuille d’actifs en Europe, figure de longue date parmi les candidats au rachat ou à la reprise de certaines activités du groupe. Son intérêt s’inscrit dans une rivalité plus large avec David Layani, les deux camps s’étant affrontés à plusieurs reprises pour prendre l’avantage. Ce face-à-face est au centre du duel décisif que se livrent David Layani et Daniel Kretinsky.
Le rejet de Walter Butler complique la tâche de l’homme d’affaires tchèque. Sans le soutien des alliés du premier actionnaire, son offre perd en crédibilité face aux autres scénarios sur la table.
Une opportunité pour les autres candidats
En écartant la proposition de Daniel Kretinsky, ce refus ouvre la voie à d’autres prétendants. David Layani, soutenu par Walter Butler, apparaît renforcé dans la course au contrôle du groupe.
Mais il n’est pas seul. Le dossier a attiré plusieurs projets concurrents : Atos avait déjà reçu plusieurs propositions de reprise, comme le rappelle notre article sur les quatre propositions de sauvetage examinées par l’entreprise. Chaque rejet d’une offre laisse de l’espace aux autres, qu’il s’agisse d’investisseurs ou de créanciers prêts à proposer des solutions alternatives.
Les créanciers, justement, jouent un rôle décisif. Plusieurs d’entre eux se sont dits prêts à participer activement au sauvetage, allant jusqu’à envisager de prendre le contrôle de l’entreprise. Notre article sur les détenteurs d’obligations prêts à prendre le contrôle détaille ce levier qui pèse lourd dans la négociation.
Pourquoi Atos est sous une telle pression
Pour comprendre l’enjeu, il faut rappeler le contexte. Atos, longtemps considéré comme un champion national de l’informatique et des services numériques, traverse une crise financière profonde. Le groupe doit faire face à une dette devenue très lourde et à des échéances de remboursement rapprochées.
L’ampleur du problème est considérable : l’endettement du groupe a continué de gonfler au fil des mois, comme l’illustre notre suivi sur la nouvelle augmentation de la dette d’Atos. Dans ce climat, chaque semaine compte, et l’entreprise dispose de très peu de temps pour trouver un accord global de restructuration et de financement.
L’urgence explique l’intensité des manœuvres : actionnaires, créanciers et repreneurs potentiels savent qu’une absence d’accord rapide pourrait conduire à des scénarios extrêmes pour le groupe.
L’avenir incertain d’Atos
Le refus de Walter Butler accentue l’incertitude. Tant qu’aucun accord n’est conclu, plusieurs issues restent possibles, y compris les plus radicales. Parmi les hypothèses évoquées de longue date figure un éventuel démantèlement du groupe, c’est-à-dire une vente par morceaux de ses différentes activités, un scénario que nous avions exploré dans l’article sur la question existentielle d’Atos : se découper pour survivre.
Pour les salariés, les clients et les actionnaires, l’enjeu est immense. Une solution négociée permettrait de préserver l’unité du groupe et son rôle stratégique, notamment dans des secteurs sensibles. Faute d’accord, le risque d’un éclatement ou de difficultés plus graves se renforce.
Les prochaines étapes à surveiller
Dans les jours qui viennent, plusieurs signaux seront à suivre de près :
- La capacité de David Layani, soutenu par Walter Butler, à structurer une offre solide et financée.
- Les réactions de Daniel Kretinsky, qui pourrait revoir ou maintenir sa position malgré ce revers.
- Le positionnement des créanciers, dont l’appui financier est déterminant pour boucler tout accord.
- Le respect du calendrier serré imposé par la situation financière du groupe.
Le dossier Atos illustre la difficulté de sauver une grande entreprise en crise lorsque les intérêts des actionnaires, des créanciers et des repreneurs divergent. Le rejet de l’offre de Daniel Kretinsky par Walter Butler ne ferme aucune porte de manière définitive, mais il rappelle à quel point l’issue reste ouverte. Les prochaines semaines diront si l’ex-fleuron français parvient à se redresser ou s’il devra accepter des choix plus douloureux pour survivre.
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